Michel Rocard dans une librairie de Nantes lors d'une seance de dedicaces. L'ancien Premier ministre socialiste publie deux ouvrages: "Si ca vous amuse" et "La politique, telle qu'elle meurt de ne pas etre", co-signe avec Alain Juppe. Il a ensuite anime une conference debat a l'ecole d'architecture de Nantes sur le theme "Du RMI a la taxe carbone, quel bilan?". Nantes, FRANCE - 16/02/2011/Credit:JS EVRARD/SIPA/1102171206

Ancien Premier ministre (1988-1991), membre de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle, dans l’établissement de laquelle il avait joué un rôle décisif, Michel Rocard est mort à Paris samedi 2 juillet 2016.

Le président Jacques Godfrain et toute l’équipe de la Fondation Charles de Gaulle rendent hommage à ce grand homme. C’est sous son gouvernement que fut attribuée une dotation de l’État permettant l’établissement de la « Fondation Charles de Gaulle », reconnue d’utilité publique par décret du 22 septembre 1992. Il avait également fait partie du comité d’honneur chargé de réunir les fonds nécessaires à la construction du nouveau Mémorial Charles de Gaulle à Colombey, inauguré en 2008.

Ouvrant le colloque du Centenaire de la naissance du général de Gaulle, en 1990, Michel Rocard livrait un souvenir personnel : c’est le 23 juillet 1940, peu avant ses dix ans, qu’il entendit pour la première fois le nom du Général. Sa mère l’avait alors informé que son père, le physicien Yves Rocard, grand résistant, dont la famille était sans nouvelles, s’y trouvait sans doute lui aussi : « Quand un nom entre de cette manière dans la vie d’un enfant, il ne risque pas d’en sortir jamais, ni de perdre sa couleur première » concluait-il.

Engagé dans le courant socialiste dès l’adolescence, élève de Sciences-Po contrairement au souhait paternel, Michel Rocard est reçu à l’Ecole nationale d’administration en 1958, dans la promotion 18 juin, et en ressort Inspecteur des Finances. Hostile à la gestion de la Guerre d’Algérie par le Gouvernement Mollet (1956-1957), il retrouve Pierre Mendès France au PSA, puis au PSU, parti à la tête duquel il affronte la crise de Mai 1968. Dans ses nombreux livres de souvenir et de témoignage, Michel Rocard insistera sur sa conviction, à l’époque, que le pouvoir n’était pas à prendre, et que la priorité consistait à maintenir la paix civile dans un contexte social explosif. Le départ du Général de Gaulle, en 1969, ouvre la voie à une élection présidentielle, la seule à laquelle il sera finalement candidat, pour un score de 3,6%, à mettre en rapport avec les 5% obtenus par le candidat de la SFIO, Gaston Deferre.

La suite est connue : l’échec à faire du PSU une force politique canalisant la contestation de Mai 1968, l’entrée au PS en 1974, trois ans après le congrès d’Epinay au cours duquel François Mitterrand en a pris la direction, la rivalité avec celui-ci dans les années suivant la défaite de la gauche aux législatives de 1978, culminant avec le congrès de Metz (1979) et l’échec de l’Appel de Conflans, en 1980, Michel Rocard devant s’effacer devant François Mitterrand, élu président de la République en 1981. Devaient suivre, après une seconde pré-campagne infructueuse en 1988, un passage de trois années à Matignon, une tentative de rénovation du PS en 1993, brisée par l’échec des élections européennes de 1994, puis une dernière carrière au Parlement européen (1994-2009), et une mission d’ambassadeur itinérant des Pôles confiée par Nicolas Sarkozy, remplie avec énergie et ardeur. Jusqu’au bout de ses forces, Michel Rocard sera resté fidèle à sa vocation jamais démentie de grand serviteur de l’Etat.

Michel Rocard restera dans l’histoire de la Ve République une figure majeure, un homme tourné vers la modernité et l’innovation, toujours soucieux de dialogue par-delà la clivage partisan, un homme, enfin, dont l’héritage intellectuel dépasse le bilan strictement politique. Ayant toujours fait preuve d’une attitude d’ouverture et de considération à l’égard de l’œuvre du général de Gaulle, il employait pour lui rendre hommage ces mots, datés de 1990, qui peuvent lui servir d’épitaphe :

« Ce de Gaulle du refus et de la libération, ce de Gaulle de l’indépendance et de l’unité nationale, cette figure tissée d’histoire et de légende, appartient aujourd’hui au plus précieux capital de symboles à valeur universelle de notre Nation. (…) Je savais qu’à droite comme à gauche, on rencontrait des hommes et des femmes qui attachaient plus de prix à ces valeurs que sont la Liberté, les droits de l’Homme, l’Honneur et la Fidélité qu’à leur propre vie ; et je savais qu’en temps de paix comme en temps de guerre, la France aurait toujours besoin que ces hommes et de ces femmes-là, de toutes appartenances politiques, sachent dialoguer, s’écouter, s’unir. Je le sais encore ».

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