A quel événement cette caricature fait-elle allusion ? et que montre-t-elle du comportement du général de Gaulle à l’égard du monde sportif ?

Caricature de Jacques Faizant parue à la une de Paris Presse le 1er septembre 1960.

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La petite Marianne nous donne la réponse à la première question : elle exhibe entre ses mains un article avec un gros titre annonçant « Rome 1960 : débâcle française aux Jeux olympiques». Il est vrai que les résultats obtenus par l’équipe de France furent particulièrement désastreux puisqu’elle ne rapporta que cinq médailles et surtout aucune d’or, ce qui fut le plus mauvais résultat depuis la première participation française aux jeux olympiques modernes en 1896. Et pourtant, on espérait beaucoup d’exploits entre autres de notre équipe d’athlétisme, vu la présence en demi- fond de jeunes champions nordistes qui rivalisaient à battre des records, Michel Bernard et Michel Jazy, d’autant qu’ils avaient encore en exemple le fameux Alain Mimoun, ancien combattant de la campagne d’Italie, qui avait été un exceptionnel médaillé d’or au marathon à Melbourne en 1956.

Et le général de Gaulle, que l’on n’imaginait pas s’impliquant autant dans un domaine qui paraissait bien futile par rapport aux problèmes auxquels il devait faire face comme la menace de guerre civile consécutive aux événements d’Algérie ou encore le risque atomique lié aux conflits est-ouest en Allemagne, au Vietnam ou à Cuba, avait montré combien la jeunesse française, formée selon l’esprit sportif, était l’objet de ses préoccupations premières.

maurice-herzog

En effet, dès le 27 septembre 1958, avait été créé un Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports, rattaché au Ministère de l’Education nationale, à la tête duquel il avait nommé, sur une proposition d’André Malraux, le plus célèbre alpiniste français qui avait vaincu le 3 juin 1950 le premier un sommet de l’Himalaya, l’Annapurna (8091m), Maurice Herzog. Ce personnage doté d’une forte personnalité, qui avait participé aux combats de la résistance dans les Alpes mais ne se réclamait d’aucune attache partisane, amputé des doigts et des orteils gelés lors de son expédition himalayenne, symbolisait les valeurs de courage, ténacité, générosité, désintéressement que prônait le gaullisme.

Il entreprit une grande politique dite de « sportivisation » de l’éducation physique autant dans le cadre scolaire qu’extra-scolaire qui concernait aussi bien la masse des jeunes Français des milieux populaires que les élites sportives, selon le principe de la pyramide établi par le Baron de Coubertin. Mais cette politique se mit en place plus difficilement que prévu du fait des fortes oppositions qu’elle suscita dans le monde enseignant comme chez toutes les organisations de jeunesse issues du Front populaire, qui craignaient que l’on cherche ainsi à embrigader les jeunes Français à la manière des fascistes.

Voilà pourquoi il n’y eut pas de résultat immédiat de ce volontarisme et que le Général se fâcha en voyant la piteuse 25ème place de la France parmi les nations participantes à ces J.O. romains. – ce que montre Jacques Faizant dans sa caricature d’un de Gaulle grand escogriffe bougon arpentant en survêtement frappé du coq gaulois avec des baskets clownesques le couloir de l’Elysée. Il missionna donc Herzog, promu secrétaire d’Etat le 11 juin 1963, pour développer encore plus les principaux axes de sa politique sportive. Cela aboutit, alors que la Jeunesse et les Sports dépendait depuis le 8 janvier 1966 d’un vrai ministère dont le premier titulaire fut François Missoffe, aux triomphes des skieurs français, Jean-Claude Killy et Marielle Goitschell aux J.O d’hiver de Grenoble en 1968, sous les yeux du Général, qui décora ces champions de la Légion d’honneur pour la belle image qu’ils donnaient de la France dans le monde.

elysee- de gaulle et les JO 1968

POUR ALLER PLUS LOIN : Le Général, la Jeunesse et les Sports

Même s’il semblait avoir eu initialement peu de goût pour le sport, de Gaulle fut formé à Saint-Cyr à l’effort physique puisqu’il était amené à faire de longues marches dans des terrains boueux avec un lourd barda sur le dos, expérience qui lui permit de résister pendant la Grande Guerre aux combats dans les tranchées et à garder toute sa vie le plaisir de marcher, en particulier dans les forêts haut-marnaises.

Il eut l’occasion aussi de s’initier à l’escrime et l’équitation. Pour la formation militaire, il souligna dans son livre Vers l’Armée de métier en 1934 qu’il fallait entretenir « la flamme de l’esprit sportif » comme « moyen exceptionnel d’éducation ». Et devenu Chef de l’Etat, il finit par se passionner pour les compétitions sportives qui mettaient en valeur des champions, issus de milieux très simples de la province, et qui montraient leur fierté de remporter des victoires pour la France.

On le vit ainsi assister au passage du Tour de France, le 16 juillet 1960, dans son village de Colombey saluant quelques coureurs que Jacques Goddet, le directeur de la course et patron du journal L’Equipe, avait incités à exceptionnellement s’arrêter et par la suite fournir, le 29 mai 1965, un Mystère 20 à son coureur préféré, Jacques Anquetil, quintuple vainqueur du Tour, pour qu’il puisse réaliser l’exploit de participer dans la foulée à deux courses éprouvantes, le Critérium du Dauphiné Libéré et Bordeaux-Paris, en ne prenant que 6 heures de repos, pour finalement l’emporter.

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Autre rencontre symbolique au CNIT, lors de l’inauguration du 4éme Salon nautique de Paris en janvier 1965, du Général avec Eric Tabarly, officier de marine breton, vainqueur discret le 19 juin 1964 de la 2éme Transat en solitaire devançant les navigateurs anglo-saxons habitués à remporter ce genre de compétition, sur un navire qu’il avait construit lui-même, le Pen Duick II, que de Gaulle, fit chevalier de la Légion d’Honneur sitôt franchie la ligne d’arrivée. C’est de cette époque que date la passion des Français pour la voile.

Lyon - Sochaux Finale coupe de France 1967 Renvoi Général De GaulleEnfin, quel amateur de foot ne se souvient du Général renvoyant – hélas à la main ! – un ballon rond qui avait atterri vers la tribune présidentielle par un tir malencontreux du joueur lyonnais Hubert Maison lors de la coupe de France de 1967 qui vit la victoire de l’Olympique lyonnais sur Sochaux ?

La Jeunesse fut – ce qui semble paradoxal vu l’âge avancé (67 ans) auquel le Général accéda aux plus hautes fonctions – toujours à la base de sa politique, d’autant que nous étions à l’époque du « Baby Boom »et que c’est une jeunesse nombreuse et ardente pour laquelle le vieil homme dut dessiner un avenir exaltant. Associant toujours « la Jeunesse et le Sport », il donna à Maurice Herzog dès le 25 octobre 1958 des objectifs qui concernaient « l’ensemble de la jeunesse française, paysanne, ouvrière, intellectuelle, ainsi que celle de l’Algérie et des territoires d’outre-mer » de « faire accéder cette jeunesse à la connaissance de notre patrimoine et de l’associer, en respectant son indépendance, à l’œuvre technique et scientifique de notre pays » ajoutant « j’approuve les propositions dont vous m’avez exposé les grandes lignes, relatives au développement des activités de plein air… ».

Fort de ce soutien et de celui de M. Debré, Premier ministre, qui avouait avoir constaté « avec un véritable effroi le manque de gymnases, de salles de sports et de professeurs. Notre déficience est plus grande encore en piscines, bassins de natation et maîtres-nageurs… », mais aussi la recrudescence de faits de délinquance de la part de jeunes gens oisifs que l’on qualifiait de « blousons noirs ». Et pour lutter contre le nombre excessif de mots d’excuse de parents pour dispenser leurs enfants de cours d’Education physique, discipline considérée alors comme accessoire voire même inutile, M. Herzog entreprit une réforme d’envergure destinée à améliorer la santé physique autant que morale des jeunes Français. Il décida de transformer les programmes d’éducation physique dès l’école primaire par des heures consacrées à l’initiation à des pratiques sportives, d’abord en plein air, qui déboucheront par un décret du 28 août 1959 sur une épreuve obligatoire d’Education physique et sportive au baccalauréat.

Et, pour mener à bien cette politique, il obtint au début de 1959 le vote d’une loi-programme pour 1960 et 1961 de 100 Millions de francs pour la construction d’installations sportives dans tous les établissements scolaires neufs plus 25 Millions pour les opérations de rattrapage pour les établissements antérieurs à 1959. Finalement, et malgré l’obstruction tentée par le ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing, les discussions dans le cadre de conseils interministériels, toujours présidés par le Général lui-même, aboutirent à un plan quinquennal (1961-1965) allouant 645 Millions de francs aux équipements sportifs, auxquels s’ajoutèrent 1050 Millions de crédits pour la période 1966-1970 puis 2610 Millions de francs pour 1971-1975, chiffres sans précédent, qui permirent à la France de rattraper partiellement son retard puisqu’en 1975, 6427 terrains de sport, 5004 installations sportives couvertes et 1949 piscines avaient été construites. Néanmoins, et malgré la volonté du Général, il restait de fortes disparités régionales entre l’Île-de-France très bien dotée et des zones rurales, qui restaient de vrais « déserts français ».

En parallèle il s’attaqua, malgré l’opposition déclarée de l’Inspection Générale de l’Education nationale, à la formation des maîtres, des professeurs d’E .P.S, pour que cette discipline soit considérée comme l’égale de toutes les matières enseignées et devienne finalement plus autonome, et il créa de nouveaux emplois locaux de techniciens pour l’entretien des équipements sportifs.

En accroissant la masse des pratiquants (dont le nombre doubla en 10 ans), M.Herzog, selon le principe pyramidal voulu par Pierre de Coubertin, favorisait l’émergence d’une élite de sportifs de haut niveau, issus pour la plupart de milieux populaires, dont les médias montrèrent en exemple l’ascension. Ainsi la télévision consacra des reportages en direct et en couleur à partir de 1967 aux grandes compétitions sportives, à commencer par l’ouverture le 6 février 1968 des Jeux olympiques d’hiver de Grenoble qui bénéficièrent dès 1963, sous l’autorité du Colonel Crespin, d’une intense préparation des services de la Jeunesse et des Sports associés à ceux de la municipalité, animés par l’ancien maire gaulliste Albert Michallon, président du Comité d’organisation, qui eut le souci de promouvoir une image avant-gardiste de sa ville et favoriser l’attrait touristique des stations de sports d’hiver de l’Isère : opération réussie puisque c’est de cette époque que date l’essor touristique remarquable des Alpes françaises par la construction de voies d’accès très modernes .

yvonne-de-gaulleEt l’on retiendra de cette cérémonie d’ouverture des J.O. de Grenoble une belle image du Général offrant avec humour à son épouse radieuse une rose rouge tombée des hélicoptères qui survolaient le stade en le couvrant d’une pluie de fleurs rappelant le blason de la ville. Et pourtant trois mois plus tard, la jeunesse étudiante commençait à manifester un rejet du Général et de sa politique jugée dépassée…..

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