de gaulle portrait Trouvez « l’anomalie » sur cette photo, et son explication…

Comme on le voit au premier plan sur cette photo du Général prise à l’automne 1958 à l’Hôtel Matignon – et sur beaucoup d’autres clichés – il avait pris l’habitude, surprenante chez un catholique, de porter son alliance à l’annulaire droit. On peut expliquer cela  par les difficultés qu’il avait à mettre une bague à son doigt de la main gauche du fait de la blessure qu’il avait reçu en Champagne en 1915.

Ayant réussi à se faire réintégrer le 18 octobre 1914 dans son régiment, alors engagé dans l’Aisne, du côté de Pontavert et Berry-au-Bac,  bien qu’il ne soit pas encore totalement guéri de sa première blessure, il manifesta des qualités de commandement et de réflexion qui poussèrent ses colonels Claudel, puis Boud’hors à le prendre comme adjoint. Pendant six mois, il tient donc avec ses hommes de la 7ème compagnie dans des tranchées boueuses face à l’artillerie ennemie. Mais le 10 mars 1915, au Mesnil-les-Hurlus, il fut de nouveau frappé par des éclats d’obus et des balles qui l’atteignirent au lobe de l’oreille et surtout à la paume de la main gauche. Négligeant cette blessure qu’il jugeait bénigne, il dut impérativement se faire soigner car l’infection avait gagné en quelques heures tout son avant-bras. Par rapport à sa première blessure, dont il n’a semble-t-il conservé qu’une légère boiterie après de longues promenades,  il resta toute sa vie touché par la raideur du majeur et de l’annulaire de sa main gauche, ce qui le contraignit le plus souvent à porter, contrairement à la tradition, son alliance à l’annulaire droit.

POUR ALLER PLUS LOIN : les autres blessures du poilu Charles de Gaulle

Dès le 15 août 1914, le lieutenant Charles de Gaulle, qui entraînait ses hommes du 33ème R.I à franchir la Meuse sur le Pont de Dinant pour reprendre la citadelle occupée par les Allemands, fut atteint sous la mitraille ennemie d’une balle au péroné et au genou droits ; mais il fut protégé par le corps du sergent Debout tombé devant lui. Réussissant après de longues minutes à ramper jusqu’à une maison proche, le jeune homme fut soigné au château de Bouvignes, puis conduit en voiture par un notaire président local de la croix rouge, Maître Le Boulangé auprès de sa sœur, Mme Marie-Agnès Cailliau, qui demeurait alors en Belgique, puis après une courte entrevue avec elle en gare de Charleroi, il fut transporté d’abord à l’hôpital d’Arras, puis opéré à Saint-Joseph à Paris et enfin il a subi à l’hôpital Desgenettes à Lyon des stimulations électriques pendant plus d’un mois pour retrouver l’usage de sa jambe. Impatient de retourner sur le front, le jeune homme entreprit de noter tous les détails de sa première épreuve d’officier en guerre et écrivit une nouvelle Le Baptême racontant sous forme de fiction sa première expérience du feu. Sa correspondance avec ses parents et son frère Jacques nous montre un soldat déçu bien sûr de ne pas participer à la victoire de la Marne, mais convaincu que l’armée française avait là donné la preuve de sa supériorité psychologique et stratégique et que nous allions rapidement l’emporter.

Mais sa plus grave blessure fut celle qui entraîna sa capture, le 2 mars 1916, dans une tranchée à l’ouest du village de Douaumont. Là, isolé dans un boyau, avec quelques survivants de sa 10ème compagnie, prise à revers par une troupe allemande venue du fort de Douaumont à l’est, il eut la cuisse gauche transpercée par un coup de baïonnette, puis étourdi par une grenade et les gaz qui en sortaient, il tomba évanoui. Considéré comme mort par ses supérieurs qui annoncèrent son décès à ses parents et le gratifièrent à titre posthume  de décorations  et  d’élogieuses citations, comme celle du général Pétain  le 7 mai 1916 :

Le capitaine de Gaulle, commandant de compagnie réputé pour sa haute valeur intellectuelle et morale, alors que son bataillon, subissant un effroyable bombardement, était décimé et que les ennemis atteignaient la compagnie de toute part, a enlevé ses hommes dans un assaut furieux et un corps à corps farouche, seule solution qu’il jugeait compatible avec son sentiment de l’honneur militaire. Est tombé dans la mêlée. Officier hors de pair à tous égards.

Il  ne reprit conscience que bien plus tard alors que, fait prisonnier, il était conduit à l’hôpital de Mayence, où il fut soigné par deux compatriotes captifs comme lui. Et il apparaît que s’il a échappé à la mort, c’est parce qu’il portait au côté une sacoche remplie de cartes d’état-major, sur laquelle la lame de la baïonnette a  dérapé évitant ainsi de lui sectionner l’artère fémorale. De cette très grave blessure, il ne se remit jamais tout à fait puisqu’elle entraîna pour lui 32 mois de captivité et l’impression d’être « un enterré-vivant » ; et physiquement, comme l’a révélé son fils un jour où il aperçut son père en maillot de bain  péchant la crevette sur la Côte d’Opale, il a conservé une longue cicatrice boursouflée sur sa cuisse gauche, dont il ne se plaignait jamais, mais qui devait être toujours douloureuse.

 

 

 

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