Comment et pourquoi, pour leurs déplacements privés comme publics en France, le Général et Madame de Gaulle utilisaient-ils de préférence des voitures Citroën ? 

Le général de Gaulle s’intéressa très tôt  aux automobiles de  la marque aux chevrons que sut lancer avec talent André Citroën de 1919 à 1935. Il appréciait particulièrement qu’après le renflouement financier par Michelin, les PDG successifs, P.J. Boulanger de 1938 à 1950, puis Robert Puiseux de 1950 à 1958 et Paul Bercot de 1958 à 1968 aient soutenu les projets technologiques d’avant-garde de l’ingénieur André Lefevre comme la traction avant, ou la TPV (la toute petite voiture 2CV destinée aux ruraux ou aux gens à faibles revenus) ou encore la suspension hydropneumatique de la DS, de même que le design de ces voitures conçu par l’italien Flaminio Bertoni. Ils avaient ainsi réussi à faire de la firme du quai de Javel l’une des premières entreprises automobiles mondiales,  d’autant qu’elle avait subi trois énormes  bombardements en 1940, 1943 et 1944.

Ainsi, dès 1927, de Gaulle acquit à titre privé une B14, puis deux tractions 11 CV, deux tractions 15 CV, et enfin deux DS 21. Mais, paradoxalement, il  n’aimait pas conduire, à la différence de son épouse qui, pour aller faire ses emplettes de Colombey à Chaumont ou Bar-sur-Aube, pilotait ses propres véhicules, toujours des Citroën : successivement une 2 CV, une AMI 6 et une GS.

Dans sa vie publique, le Général, installé sur le siège arrière droit d’une traction 15 CV noire,  se fit transporter par son chauffeur Paul Fontenil de sa demeure de Colombey vers ses bureaux parisiens à l’Hôtel de Brienne, puis au siège du RPF, chaque semaine à partir de 1947. Les témoignages existent sur l’entrée sous le porche du 5 rue de Solferino de la traction avant, en provenance de l’Hôtel La Pérouse où le couple de Gaulle avait passé la nuit, le mercredi matin, vers 9h30. Le Général pénétrait par la porte vitrée et gagnait son bureau au 1er étage, avant de redescendre pour présider le conseil de direction de son mouvement à 10 heures précises. Son épouse, qui l’accompagnait assez souvent, après s’être fait conduire au Château de Vert-Cœur à Milon-la-Chapelle dans les Yvelines où étaient accueillies de jeunes filles trisomiques nécessiteuses en souvenir de leur fille Anne, décédée en 1948, attendait la fin des activités de son époux à l’arrière du véhicule garé dans la cour du siège du RPF.

A partir de 1958, ce fut à bord d’une D.S, que le Général se fit transporter lors de tous ses voyages officiels en France. Il suivait de près les innovations technologiques en s’attardant  à chaque salon de l’automobile au stand de Citroën. Et les D.S d’Etat ou privées lui plaisaient particulièrement pour l’importance de l’habitacle et le grand dégagement entre l’assise du siège arrière et le dossier du siège avant qui lui permettait d’étendre ses jambes. En plus de cela, le confort exceptionnel des fauteuils recouverts de cuir, la légendaire suspension hydropneumatique et le silence permettaient au couple, déjà âgé, de parcourir des kilomètres sans trop de fatigue. Enfin, le toit ouvrant électrique de la DS d’Etat 3PR75, aménagée d’une barre de maintien devant son siège, permettait au Général d‘être vu de tous lorsqu’il arrivait dans des lieux où l’attendaient des foules immenses.

Et il aura l’occasion de se féliciter des qualités routières de sa DS le 22 août 1962. Ce jour-là en effet, le Général quittait comme d’ordinaire l’Elysée pour l’aérodrome de Villacoublay, où l’attendait l’avion pour Colombey ; il était accompagné de son épouse, le remplaçant, comme pour tous les voyages privés, à l’arrière droit du véhicule, qui avait fait remplir le vaste coffre de l’auto de volailles et autres victuailles destinées aux repas dominicaux à la Boisserie, ainsi que de son gendre le colonel Alain de Boissieu, installé aux côtés du chauffeur Francis Marroux. Parvenue au carrefour du Petit-Clamart, la DS fut la cible d’un commando de l’OAS  qui la constella de tirs de fusils-mitrailleurs : deux manquèrent miraculeusement d’atteindre le couple à la tête, celui qui brisa la vitre arrière gauche et surtout la balle qui traversant le coffre et la plage arrière atterrit dans le cadre métallique d’une photo d’Anne de Gaulle pieusement accrochée dans le couvercle du vanity case de sa mère ; certains crevèrent les pneus avant gauche et arrière droit sans que pour autant l’assiette du véhicule ne s’affaisse, ce qui permit au chauffeur d’accélérer et ainsi de sauver la vie des occupants de la voiture.  En revanche, il n’en fut pas de même pour le contenu du coffre ! D’où la fameuse anecdote sur Yvonne de Gaulle s’inquiétant du sort de « ses poulets » devant les policiers médusés de ce qu’ils prenaient pour une étonnante familiarité à leur égard ! La DS fut rachetée au Domaine par le général Roger-Pol Dupuy, commandant militaire de l’Elysée, qui, après un accident, fit en 1980 don du véhicule trop endommagé pour être réparé  à l’Institut Charles de Gaulle, lequel offrit à la curiosité des visiteurs de la Maison natale lilloise, puis depuis 2008 du Mémorial de Colombey, une  DS reconstituée par Citroën en utilisant dans une carrosserie à l’identique ce qu’il restait de l’habitacle et de la plaque d’immatriculation n° 5249HU 75.

 

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