Pourquoi et en quelles occasions le Général de Gaulle, président de la République française, préféra–t-il revêtir son uniforme militaire plutôt qu’un classique costume civil ?

D’abord le Général a choisi pour son portrait officiel, de se faire photographier le 21 février 1959  par Jean-Marie Marcel devant la bibliothèque de l’Elysée, en spencer noir d’officier général avec le gilet d’arme gris cendré des chars de combat et les pattes d’épaules ornementées de ses deux étoiles ainsi que le pantalon à passepoil, avec le grand cordon de l’ordre de la Légion d’honneur en bandoulière et le collier de l’ordre de la Libération, dont il était le fondateur et seul Grand Maître apte à porter cette décoration.  Ainsi, on peut considérer que, pour de Gaulle, le Chef de l’Etat était avant tout Chef des armées et, de plus, il estimait que les Français avait élu en sa personne le Général qui depuis le 18 juin 1940 avait continué le combat contre l’ennemi nazi. C’est pourquoi, aussi, chaque année le Général recevait, en uniforme, des enfants à l’Elysée à la mi-décembre et les invitait à souhaiter avec lui «  un joyeux Noël et une bonne année à la France ».

Il n’est donc pas étonnant de voir le Général porter l’uniforme sans aucune décoration lorsqu’il se rendait dans une ville de garnison comme par exemple à Strasbourg le 22 novembre 1961, mais aussi quand il commémorait un grand événement de l’histoire de France – ainsi quand il alla à Orléans pour y célébrer sainte Jeanne d’Arc le 8 mai 1959 – et  en particulier ceux qu’il avait vécus personnellement comme le cinquantenaire de la Première guerre mondiale – à Reims le  6 septembre 1964 pour la bataille de la Marne ou celle de Verdun, devant l’ossuaire de Douaumont le  29 mai 1966 – ou encore le vingtième anniversaire du débarquement de Provence le 15 août 1964.

Chaque année de Gaulle revêtait son uniforme pour aller le 11 novembre et le 8 mai devant l’arc de triomphe de l’Etoile s’incliner sur la tombe du soldat inconnu pour célébrer la fin des deux guerres mondiales. Dans le même esprit mais avec encore plus d’implication, il commémorait son appel à la Résistance le 18 juin au Mont Valérien selon un protocole immuable ; et de la même manière il assista en uniforme à la panthéonisation de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, écoutant avec une émotion contenue mais réelle le magnifique discours d’André Malraux. On garde également en mémoire les images du Général en uniforme dominant de sa haute silhouette les cortèges lors des funérailles du Président Kennedy le 25 novembre 1963, mais plus encore celle du 24 janvier 1965, lorsqu’il assista, à la Cathédrale Saint-Paul à Londres aux funérailles de Winston Churchill – qu’il n’avait quasiment jamais côtoyé en costume civil même après la guerre, comme en témoigne l’image de la remise de la Croix de la Libération au vieux Lion britannique par le Général alors président du conseil, le 6 novembre 1958.

Pour ses allocutions télévisées, le Général se rendit compte de l’importance de la mise en scène à la suite du fiasco médiatique que fut l’une de ses premières interventions devant les Actualités filmées, le 18 juin 1958 : il y apparut en costume sombre, assis, lisant son discours avec ses lunettes à verres épais qu’il portait depuis qu’il avait été opéré de la cataracte au début des années 1950. Son ami, le publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet lui conseilla de prendre des cours d’interprétation avec le grand tragédien de la Comédie française, Jean Yonnel, afin de savoir comment se comporter devant une caméra pour être le plus convaincant possible et bien choisir décor et costume. Ainsi de Gaulle se présenta à la télévision sans lunettes et en uniforme à deux moments cruciaux de la guerre d’Algérie : le 29 janvier 1960, alors que des Français d’Algérie hostiles à l’autodétermination voulue par de Gaulle et votée par le peuple français avaient érigé des barricades à Alger. D’ailleurs, il commença ainsi son allocution : «  Si j’ai revêtu l’uniforme pour parler  aujourd’hui à la télévision, c’est afin de marquer que je le fais comme étant le général de Gaulle aussi bien que le Chef de l’Etat. ». Et plus encore, le 23 avril 1961, le second jour du putsch des généraux à Alger, c’est un de Gaulle en uniforme qui, d’un ton implacable, au nom de la «  légitimité française et républicaine  que la nation {lui] a conférée », ordonna de prendre toutes les mesures pour mettre fin au « pronunciamiento militaire » de ce « quarteron de généraux en retraite » qui risquait de réduire à néant tous les efforts entrepris depuis 1940 pour reconstruire la France et rétablir son rang dans le monde.

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