Pour quelles raisons le lieutenant-colonel de Gaulle choisit-il d’acheter, en 1934, la Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises ?

On peut avancer plusieurs raisons à l’acquisition de la demeure de la Boisserie dans ce petit village, alors très isolé :

  • Malgré l’attachement que le lillois de naissance Charles et la calaisienne Yvonne de Gaulle portaient au Nord, leurs moyens financiers- ils ne pouvaient véritablement compter que sur la solde modeste d’un officier supérieur – ne leur permettaient pas d’y acquérir une maison urbaine. Ils trouvèrent donc l’opportunité d’acheter, en viager,  pour la faible somme de 45000 francs,  cette ancienne brasserie, très inconfortable, puisqu’il n’y avait alors pas d’eau courante, à la veuve d’un architecte parisien, Mme Alice Bombal. Malgré les travaux qu’ils durent faire faire, surtout après la guerre où la demeure fut occupée et pillée par des soldats allemands, cet achat fut finalement une bonne affaire puisque la propriétaire décéda accidentellement en 1936.
  • Cette demeure offrait bien des avantages, puisqu’elle comprenait 18 pièces sur deux étages et plus encore qu’elle était entourée d’un vaste parc arboré de 2,5 hectares, ce qui permettait aux de Gaulle de mener une existence paisible, égayée par les visites de nombreux jeunes membres de leurs familles, à l’abri des regards indiscrets. C’était tout à fait ce qu’il fallait pour que sa fille Anne, trisomique, puisse continuer à vivre en toute quiétude, au bon air, malgré son très lourd handicap, protégée par ses parents et sa gouvernante, Melle Potel.
  • Outre la discrétion assurée, Charles de Gaulle aimait à arpenter les vastes forêts qui entouraient le village « tranquille et peu fortuné » de Colombey dont il connaissait toutes les familles qui respectaient son intimité. Il recherchait le silence et la solitude pour méditer et rédiger ses Mémoires dans son bureau de la tour d’angle d’où il observait le paysage vallonné et découvrait les lointains jusqu’à une quinzaine de kms et les fonds sauvages de la Vallée de l’Aube  et, la nuit, « en regardant les étoiles, il se pénétrait de l’insignifiance des choses ». On lira à ce propos dans les trois dernières pages de ses Mémoires de guerre le vibrant hymne à la nature que peut lancer de Gaulle depuis sa thébaïde de la Boisserie.
  • Enfin, une raison essentielle a poussé le Général à se replier dans ce petit village des marges de l’est de la France et de souhaiter y être enterré : sa situation, non loin des lieux où il fut affecté au début de la guerre, ce qui lui permit de rester en contact avec sa famille et de veiller à ce qu’elle puisse en juin 1940 s’échapper à temps, avant que l’ennemi n’atteigne la région.

 

Colombey se situe non loin de deux sites qui ont marqué l’histoire de France, Clairvaux, le monastère cistercien fondé par Saint Bernard qui prêcha la croisade, où le Général se rendait régulièrement pour se confesser, et Domrémy, le village d’où Jeanne d’Arc partit pour bouter les Anglais hors de France et pour rétablir le Dauphin Charles sur le trône. Lorsque l’on pénètre dans la petite église de Colombey et que l’on se place au 10ème rang là où le paroissien Charles de Gaulle s’installait chaque dimanche, on remarque qu’il pouvait voir sur les vitraux qui l’encadraient le roi croisé St Louis à sa droite et Jeanne la Pucelle à sa gauche. Donc, il n’y a rien d’étonnant à ce que Charles de Gaulle ait choisi de s’installer là où il pouvait entretenir sa « certaine idée de la France » plongeant de profondes racines dans ce rude terroir champenois.

 

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